5. mars 2026
Le travail social face aux défis du néolibéralisme
Le travail social est confronté aux exigences économiques néolibérales dont il subit régulièrement les injonctions à la rentabilité et c’est parfois sa légitimité ou ses modalités d’action qui sont questionnées ou remises en cause.
Je reviens dans cet article sur les défis auxquels le travail social est aujourd’hui confronté.
Qu’est-ce que le néo-libéralisme ?
Dans son Blog « Écrire pour et sur le travail social », Didier Dubasque*, un des influenceurs de référence du travail social sur les réseaux sociaux écrit :
« C’est un courant économique et idéologique qui a émergé au milieu du XXe siècle, mais qui a pris son essor à partir des années 1970 et 1980. Il se caractérise par la promotion des libertés économiques, la dérégulation des marchés et le désengagement de l’État dans les affaires économiques. Inspiré du libéralisme classique, le néolibéralisme met l’accent sur la création d’un environnement favorable aux mouvements de capitaux et à l’investissement privé, souvent au détriment des dépenses publiques et des régulations étatiques.
Ce système prône la privatisation des entreprises publiques, la réduction de la fiscalité, notamment pour les entreprises, et un contrôle strict de la masse monétaire pour éviter l’inflation. Il s’accompagne d’une vision de l’individu comme entrepreneur de lui-même, incité à s’inscrire dans une compétition généralisée où chaque domaine de la vie est perçu comme un marché. Cette approche a été influencée par des économistes tels que
Friedrich Hayek et Milton Friedman, et mise en oeuvre par des figures politiques comme Margaret Thatcher et Ronald Reagan, bien que ces derniers se soient identifiés simplement comme libéraux.
Le néolibéralisme, en tant que système économique et idéologique dominant depuis les années 1970, a profondément transformé divers secteurs de la société, y compris le travail social. Ce dernier, historiquement ancré dans des valeurs de solidarité et d’entraide, se trouve aujourd’hui confronté à des logiques de marché qui remettent en question ses fondements mêmes. »
Sources : https://dubasque.org/neoliberalisme-et-travail-social-ce-que-nous-disent-les-sociologues/
*Initialement assistant de service social, Didier Dubasque est codirecteur de la collection « Politiques et interventions sociales » aux Presses de l’EHESP (École des hautes études en santé publique). Ex-président de l’ANAS (Association Nationale des Assistants de Service Social), il a été personne qualifiée au Haut Conseil du travail social.
Dans un contexte politique pour le moins troublé, il convient de faire preuve d’une grande vigilance face aux conséquences de ces nouvelles logiques économiques marquées notamment par la logique consumériste des « services » qui transforme petit à petit les métiers du travail social et les qualifications requises pour les exercer.
Il ne s’agit pas de refuser toute forme d’évolution du travail social mais de porter la plus grande attention aux conséquences des restrictions budgétaires et à cette tendance des politiques publiques à vouloir « faire plus avec moins ».
Vouloir rationaliser et chercher des gains de productivité n’est pas en soi illégitime. Le danger intervient lorsque cela se traduit par des politiques managériales uniquement centrées sur les moyens plutôt que la fin de l’action sociale (plus de justice sociale, plus d’égalité). Désormais c’est la dimension éthique du travail
qui se trouve elle-même en danger voire asphyxiée. Ainsi, les espaces autrefois réservés aux professionnels ont tendance à diminuer (réunions cliniques, analyse des pratiques professionnelles…) considérés par les financeurs comme étant au mieux un privilège ou au pire comme étant inutiles.
Comment penser son action dans des contextes de travail entièrement orientés sur les rapports d’activité
des services, la génération de statistiques, les remontées de données ? Autant d’activités certes nécessaires mais qui, à terme, éloignent de plus en plus le travailleur social de sa mission première : celle d’être un professionnel de la relation et un vecteur de cohésion sociale.
Hervé GÉRARD - 5 mars 2026
