5. mars 2026
Le travail social aujourd'hui
Toutes mes années passées au contact des travailleurs sociaux en tant que directeur d'un organisme de formation me permettent de dresser un tableau lucide et intègre sur le travail social aujourd’hui.
Les travailleurs sociaux que nous accompagnons aussi bien en analyse des pratiques professionnelles qu’en formation interentreprise et intra-entreprises rencontrent de nombreuses difficultés qui impactent l’efficacité et la qualité des prestations qu’ils fournissent.
Ces obstacles sont nombreux ; ils sont à la fois structurels, sociétaux, idéologiques et humains.
Structurel :
De nombreux établissements, publics ou privés souffrent d’un sous effectif entraînant une surcharge de travail chez les professionnels. Il est évident que cela ne peut que nuire à la qualité des accompagnements mis en œuvre parfois par une réduction du temps consacré aux usagers. De nombreux intervenants sociaux sont proches de l’épuisement professionnel. Les moyens matériels sont par ailleurs souvent insuffisants et obsolètes ; ce qui renforce ces situations.
Nous pouvons également déplorer le manque de reconnaissance dont souffre généralement le travail social ; non seulement du point de son image dans la société mais aussi du niveau de rémunération des métiers de ce secteur. Cela peut nuire à la motivation et au niveau d’engagement des professionnels.
Ces difficultés sont à l’origine d’une fuite des vocations et d’un turn over au sein des équipes.
Précarité et complexité des situations prises en charge :
Les problématiques sociales deviennent de plus en plus complexes et multidimensionnelles. Au fil des années, nous constatons que les usagers vivent des situations combinées (précarité économique, problèmes de santé, difficultés psychologiques, violences intrafamiliales).
Dans un contexte de crise sociale, économique et parfois sanitaire comme la pandémie de COVID-19, les défis du travail social sont encore plus nombreux, avec des besoins accrus et des ressources parfois diminuées.
Cette dimension multidimensionnelle qui nécessite une approche systémique et pluridisciplinaire n’est pas toujours prise en compte dans les logiques d’accompagnement.
Les travailleurs sociaux éprouvent parfois un découragement constatant l’inefficacité de leurs démarches d’accompagnement.
Par ailleurs, les travailleurs sociaux sont de plus en plus confrontés à des situations de violence verbale ou physique de la part de populations en difficulté. Il va de soi que ces situations ne peuvent que renforcer chez ces
professionnels un sentiment de mal-être au travail. Le développement de leurs compétences en gestion des conflits est devenu indispensable.
Rigidité des cadres institutionnels :
La marge de manœuvre dans l’accompagnement social des usagers est souvent limitée par des politiques publiques inadaptées, des règles administratives aveugles ou des procédures trop bureaucratiques pouvant
tantôt ralentir les processus de prise en charge lorsqu’une une réponse rapide et adaptée aux besoins des personnes en situation de précarité est nécessaire et parfois les accélérer au détriment du temps indispensable à l’efficacité de l’accompagnement.
Quelles solutions proposer ?
Le soutien psychologique des travailleurs sociaux est une priorité. Les métiers du travail social et médico-social
sont émotionnellement éprouvants. L’épuisement professionnel et la démotivation ne sont jamais très loin en
l’absence de soutien psychologique et de réponses collectives face aux problématiques rencontrées.
L’intégration de l’intelligence collective dans le travail social permettra d’ouvrir de nouvelles perspectives, des solutions innovantes pour améliorer l’efficacité des prises en charge, et favoriser l’autonomisation des individus.
Des améliorations en termes de ressources, de reconnaissance et de réformes institutionnelles sont essentielles pour permettre aux professionnels du travail social d’accomplir leur mission de manière optimale et pour garantir un soutien adapté aux personnes en situation de vulnérabilité.
L’intelligence collective se réfère à la capacité d’un groupe à résoudre des problèmes, à innover et à prendre des décisions grâce à la mise en commun des savoirs et des compétences de ses membres. Elle repose sur la coopération, l’échange, le dialogue et la diversité des points de vue. Le management dans le travail social
devra s’adapter à ces nouvelles méthodes de travail plus horizontales.
L’intelligence collective concerne en premier lieu les équipes de travailleurs sociaux (assistants sociaux, éducateurs, psychologues, médiateurs…). En croisant et en additionnant différentes expertises et approches, l’intelligence collective au sein des équipes favorisera l’apparition de solutions mieux adaptées aux besoins des usagers.
La logique partenariale de coopération avec les institutions publiques, les associations est également une condition nécessaire à la mise en œuvre de projets plus cohérents et plus inclusifs.
Enfin, il ne faut jamais remettre en cause le principe de la participation active des usagers dans la co-construction des solutions et des prises de décision qui les concernent. Ce principe sous-tend l’idée que nous nous faisons du travail social et de ses valeurs : une approche centrée sur l’écoute, le respect de la parole de l’autre et la volonté de reconnaître ses compétences.
Hervé GÉRARD - 04 mars 2026
